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Etat des lieux suite au démantèlement des EOS par 62 psychologues d’IDF

Courrier de 62 psychologues d(’IDF au CHSCT

vendredi 26 janvier 2018

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Monsieur le Président du CHSCT
Mesdames et Messieurs les membres de la Commission présidant l’enquête conjointe…
Mesdames et Messieurs les membres du CHSCT

Mesdames, Messieurs,

Afin de poursuivre l’enquête visant à étudier l’impact du déploiement des psychologues du travail en agence de proximité, vous nous avez invités à tous nous regrouper le 11 décembre prochain à Paris.
Nous nous interrogeons sur la forme choisie pour la poursuite de cette enquête, et en particulier sur la réelle possibilité qui nous sera donnée de tous pouvoir nous exprimer compte tenu du nombre de psychologues potentiellement présents et de la diversité des situations.

Aussi, nous avons décidé de vous faire parvenir ce document, afin d’éclairer votre compréhension des difficultés qu’un certain nombre d’entre nous rencontrent et qui nous font souffrir quotidiennement

Nous partageons avec l’institution le souci de délivrer une offre de service de qualité aux usagers.
Cette priorité se décline souvent pour nous au prix d’une fatigue et d’un découragement grandissants, et nous regrettons que la commission n’ait pas fait le choix de venir constater in situ le réel du travail des psychologues dans les agences de proximité.
Nous espérons que le suivi de cette enquête nous permettra d’être entendus, et qu’un dialogue de qualité avec la Direction de Pôle Emploi pourra enfin s’amorcer.

Dans cette attente, nous vous prions d’accepter, madame, monsieur, l’expression de nos meilleurs sentiments.

Au regard du délai restreint dont nous disposions seuls 62 psychologues ont été informés de cette démarche.
Nous nous réservons le droit d’en aviser le reste de nos collègues afin qu’ils s’y associent s’ils le souhaitent.

Les psychologues d’Ile de France signataires

Sylvie Riffault
Caroline Lacan
Claire-LéaToubiana
Delphine Ambleton
Christine Adamczyk
Monique Moreno
Marie Bouillot
Guillaume Vidal
Claire Cormier
Séverine Gutkind
Véronique Halbeher
Sandrine Vanhille
Sabine Letellier
Pascale Gérard
Isabel Rodriguez
Isabelle Suire
Martine Pruvost
Nadine Bellot
Marie-Hélène Chevallier
Frédérique Chauzy
Evelyne Feldman
Elise Godin
Katia Renault
Marion Armand
Christine Meritte
Marie-Jo Cassayre
Anne-Lise Labbé
Carmina Pizarro
Valérie Montjarret
Colette Illouz
Sabah Kesraoui
Cécile Folliot
Rébiha Larabi
Christine Strub
Cécile Mariot
Fabrice Veuriot
Gilles Dif
Julie Trolonge
Céline Houguet
Marie-Line Berlin
Chantal Abondo
Philippe Sacré
Daniele Mercadier
Christine Scarpa
Murielle Montignac
Laurence Fournier
Laïla Malaga
Ilham Weiss
Caroline Charrot
Sandrine Devaux
Laila Kaci

Etat des lieux suite à la mise en œuvre de l’OSPP impliquant
le démantèlement des équipes d’orientation spécialisées

1. Absence d’accompagnement dans le déplacement professionnel en
lien avec notre intégration en agence locale

Les constats du comité d’animation technique métier des psychologues (instance nationale – 28.09.2017) actent le déplacement professionnel induit par la nouvelle organisation en agence locale :

En direction des demandeurs : « Si l’appui à la définition de projets professionnels ou à l’élaboration d’un parcours de formation reste parmi les activités principales des psychologues, l’analyse de situations complexes, multidimensionnelles, nécessitant un éclairage spécifique sur les dimensions psychologiques et psychiques occupe une part croissante dans le périmètre d’activités.
Cette évolution du métier, qui semble s’accélérer depuis l’accueil des psychologues au sein des agences, invite à envisager d’autres modalités d’accompagnement sous la forme d’interventions ponctuelles, utilisant des méthodes d’entretiens spécifiques ou nécessitant de concevoir des réponses adaptées ».

Et en direction des conseillers et ELD : « le psychologue du travail est sollicité à différents niveaux au sein de l’agence : analyser et expliciter des situations, participer au développement de connaissance des conseillers (notamment sur les outils d’orientation), participer au diagnostic territorial, animer des groupes d’échange de pratique, être associé au développement du partenariat… ».

Cependant, nous constatons que la poursuite de nos missions est rendue particulièrement difficile, du fait notamment, d’une animation technique et fonctionnelle qui n’est pas à la hauteur des ambitions affichées par l’établissement sur l’ensemble des territoires de l’Ile de France :

1. Échanges entre pairs empêchés, y compris avec nos collègues nouvellement arrivés, ce qui nous prive d’un espace de délibération indispensable à la co-construction du métier de psycho- logue à Pôle Emploi, dans un contexte où nos missions évoluent. Cette interdiction est d’autant plus incompréhensible qu’elle est en contradiction avec l’application de l’accord QVT Cap 4.4 (expression des salariés et la mise en place de « groupe de pairs ») et qu’elle vient démentir les engagements de T. Bouillon exprimés lors du CHST du 26.07.16 « Cette animation peut également s’exercer au niveau local sous l’impulsion des psychologues du travail ». Elle nous
prive d’une ressource indispensable à l’exercice de notre métier.

2. Réunions fonctionnelles sporadiques voire inexistantes dans certains départements, alors que le groupe de travail régional sur l’intégration des psychologues en agence (Novembre 2016) animé par C. RUBIO préconisait une réunion DT mensuelle au moins sur la 1ère année.

3. Groupes d’analyse de pratique sous-dimensionnés (nombre réduit de groupes ouverts au regard de l’effectif de psychologue et durée limitée) et au sujet desquels la circulation de l’information se fait de manière aléatoire selon les territoires. A Paris par exemple, aucune in formation n’est jamais officiellement parvenue, empêchant de fait les psychologues du département de se positionner. Par ailleurs, l’intervenant retenu par Pôle Emploi est finalement celui qui n’avait pas été choisi par les psychologues lors des groupes expérimentaux. Sur un sujet aussi important, on nous a demandé notre avis pour finalement ne pas en tenir compte.

4. Absence de veille technique métier de la part du service régional d’orientation (les seuls colloques auxquels nous ayons pu participer ayant été repérés par les psychologues eux-mêmes, financés pour un nombre restreint de collègues et obtenus de haute lutte !).

5. Absence de séminaires et colloques organisés en interne.

6. Insuffisance du développement et du maintien des compétences, les quelques formations (addiction, handicap psychique,…) proposées par la DG n’ayant été accessibles qu’à une poignée des 120 psychologues d’IDF (désorganisation de l’information avec trois canaux de transmission différents).

7. Absence de formation à l’échange de pratique malgré des demandes réitérées de notre part et des besoins des équipes locales, en particulier dans la mise en œuvre du CEP où cet exercice est souvent intégré aux plans d’action des agences.

Dans ce contexte difficile, et bien que nous ayons à de nombreuses reprises fait remonter nos besoins (courrier des Collectif National et Régional Psycho, de l’Asso Pôle Psycho, sollicitations de nos hiérarchies directes, territoriale, régionale, questions DP), nous constatons un appauvrissement de l’accompagnement, l’animation n’étant décidément pas au rendez-vous des ambitions affichées lors du séminaire régional d’intégration des psychologues en agence de proximité (Décembre 2016).

La préconisation 7 de la commission recommande pourtant un accompagnement de ces changements : « veiller à mobiliser l’ensemble des ressources pour mener une conduite de changement des agents concernés par la réorganisation d’activité » ; la préconisation 10 également : « veiller à faire bénéficier sans délais les agents de parcours de formation requis à l’exercice de leur activité ou à l’évolution de celle-ci… » !

Nous voulons insister en particulier sur la souffrance avérée que constitue pour nombre d’entre nous cet empêchement qui nous est fait de pouvoir échanger sur des situations de travail difficiles que nous sommes de fait contraints de régler dans la solitude de notre bureau.

Les quelques propositions qui commencent à se dessiner sur certains territoires sont très en deçà de nos besoins réels : une demi-journée par trimestre dans certains départements pour la mise en place d’échanges entre pairs.

Il résulte de cette ignorance de nos réalités de travail un sentiment d’abandon, d’iniquité de traitement et un renforcement de l’isolement professionnel, l’absence de cohérence régionale et de portage institutionnel nous laissant livrés chacun à la subjectivité de nos ELD réciproques (plus ou moins bienveillantes et/ou informées) quant à la façon de gérer notre activité, d’entendre nos besoins d’Intervision, et de comprendre notre métier.
Il est incompréhensible que l’IDF soit la seule région dans laquelle perdure cette situation, les autres proposant aux psychologues une souplesse plus importante quant aux possibilités d’échanges et de mise en place de ressources extérieures (interventions de professionnels de l’orientation, de la psychologie…).

2 . Les conditions matérielles de travail

Selon les sites, un certain nombre d’entre nous sont contraints d’exercer dans des conditions insatisfaisantes pour les demandeurs et pour eux-mêmes, allant parfois à l’encontre des obligations et recommandations faites par code de déontologie des psychologues
. bureaux non insonorisés, parfois proches de l’accueil et donc soumis aux regards des autres usagers, au bruit et à l’agitation, certaines fois également sans fenêtres et exposés en permanence à la lumière artificielle…

. absence d’espaces dédiés à la passation de tests (contrairement aux préconisations du CHCT du 27 juillet 2016) en raison de l’exiguïté des locaux et de la mobilisation des salles de réunion à d’autres activités.

. mobilité des psychologues sur les agences non pourvues

« Le sujet (Préconisation 16 : le découpage géographique et zone de compétences au bénéfice des APE sans psychologue) ne sera pas figé dans le temps et le découpage géographique sera complété par des recrutements de psychologues. Les demandeurs d’emploi seront rapprochés de chez eux à chaque fois qu’un psychologue sera nommé dans une agence plus proche » (Mr Philippe GUEUDAR DELAHAYE, DRA, président du CHSCT IDF).

Aucune trace écrite antérieure à l’expression de nos vœux ne faisait état d’une mobilité des psychologues, régulière et d’une durée indéterminée, sur d’autres sites.
Or, c’est à nous qu’il a été demandé de nous déplacer pour délivrer l’ODS, sur des sites parfois très éloignés (+45mn du site habituel).
Tout écrit précisant les conditions matérielles de travail, de déplacement, la durée et le contenu de cette mission présentée comme temporaire nous a été refusé systématiquement. Dans plusieurs territoires, les déplacements sont maintenus pour 2018.
Nos choix ont été réalisés à partir de critères personnels et professionnels que l’établissement s’était engagé à respecter et auraient pu être différents si nous avions été informés.

3. L’exercice du métier et de la mission

Le management par les REA qui, au-delà de l’inadéquation du statut (cadre) ne
correspond pas aux besoins des psychologues du travail :

Au sein des agences nos missions sont transversales alors que le REA est plutôt dédié à une équipe et à une activité spécifique. Il n’a donc souvent ni le pouvoir décisionnel suffisant ni une vision assez macro pour organiser l’activité des psychologues et favoriser des articulations entre les différents champs d’intervention possibles.

L’absence de connaissance de notre métier par nos managers rend les échanges très restreints et cela contribue à accroître un peu plus le sentiment d’isolement.

Nous sommes donc confrontés à des hiérarchiques directs qui au mieux font ce qu’ils peuvent pour nous soutenir et au pire exercent un contrôle zélé qui vient suppléer une légitimité qui fait défaut.
Cela se traduit par une gestion souvent inadaptée à la spécificité de notre métier à Pôle Emploi et entre en contradiction avec la préconisation 9 : « conserver le cadre d’autonomie des psychologues requis à leur activités ».
Nous constatons une restriction de notre autonomie de travail (gestion de l’activité calquée sur celle des conseillers avec l’organisation de notre planning par exemple, inscription à des échanges de pratique soumise à la validation du REA en déconnexion de nos besoins réels…) entrainant lourdeurs, surcharge et manque de réactivité.
Dans ce contexte, les EPA, ESA, et autres entretiens professionnels ne sont souvent qu’un exercice vide de sens.

Les injonctions paradoxales de l’institution à l’égard du métier de psychologue

Au-delà de ce qui vient d’être énoncé, et en écho au rapport du Comité d’Animation Technique des Psychologues déjà évoqué, nous constatons que les bénéficiaires de nos prestations sont souvent loin de pouvoir s’emparer des ressources actuellement au cœur des propositions de travail de Pôle Emploi (« le Tout Numérique »...). Les besoins réels d’accompagnement de ces publics en grande souffrance rendent marginale la pratique de notre métier en agence.
Nous sommes, au mieux, renvoyés à notre incapacité à faire face à l’ampleur de la demande de conseillers surchargés (le travail réalisé avec les personnes requiert du temps, de l’écoute active et de l’élaboration) ; au pire, on nous somme de ne pas ouvrir de plages de rendez-vous afin que les prestations sous-traitées soient remplies prioritairement.
Ces contradictions et l’exercice de notre pratique très à la marge du mouvement général, renforce encore notre sentiment d’impuissance et d’isolement.

Inquiétude face au projet d’une nouvelle répartition de la POPS-TH et au risque
de dilution de cette activité spécifique.

Les psychologues qui exercent cette mission dans chaque département possèdent dans l’accompagnement de ce public particulièrement fragile, une expertise difficile à faire partager à l’ensemble des collègues de leur territoire : leurs compétences ont été acquises au fil de nombreuses années de pratique, au sein d’espaces de délibération intra professionnels communs et de réseaux
pluridisciplinaires partenariaux tissés dans le temps.

La répartition de cette activité sur un ensemble de psychologues qui ne l’exerceraient que ponctuellement et de façon contrainte, sans articulation entre eux ni réel partenariat avec les acteurs de terrain, et sans formation adaptée à la complexité du public, risque d’amoindrir la qualité du service apporté aux bénéficiaires et de déqualifier les psychologues qui en exercent aujourd’hui la charge.

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