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Réflexions critiques, éthiques et positions au sujet du Cahier des charges de la prestation ACTIV’PROJET interne

Ecrit collectif de la 4ème session de formation ACTIV PROJET du Grand Est

lundi 20 juin 2016

Réflexions critiques, éthiques et positions au sujet du Cahier des charges de la prestation ACTIV’PROJET interne

Nous prenons acte que Pôle Emploi nous propose un cahier des charges restrictif du fait de la méthodologie imposée et refusons de l’appliquer.
Nous sommes d’accord sur l’objectif opérationnel (aider une personne à élaborer ou confirmer un projet), mais, nous ne sommes pas en accord avec l’objectif pédagogique dans la façon dont il est présenté :
• utiliser un questionnaire (évaluation des compétences à s’orienter)
• renseigner la charte d’adhésion proposée,
• remplir la partie « bilan de l’objectif pédagogique » (réévaluation des compétences) de la fiche bilan ACTIV’PROJET.
Les psychologues du travail à Pôle Emploi se doivent de conserver le choix de leurs méthodes et de leurs outils. De sorte que ce cahier des charges nous apparait trop contraint : « cf principe 3 de Responsabilité du code de déontologie des psychologues ».

L’alliance de travail fait partie ipso facto de notre métier et de nos pratiques professionnelles.
Nous ne pouvons instaurer une alliance de travail de qualité que si, et seulement si, nous restons maîtres du choix de nos méthodes et de nos outils.
L’alliance de travail est un processus d’accordage réciproque. Or le cahier des charges prédéfinit l’objectif de l’alliance (s’accorder sur les compétences à s’orienter), ce qui est contradictoire.
De même, l’utilisation d’un questionnaire « d’évaluation de la qualité d’alliance de travail » est paradoxale et contreproductive. La rupture d’alliance nécessite-t-elle un recours à une évaluation écrite ?

Peut-on vraiment fixer un objectif pédagogique concernant des compétences à s’orienter ?
Nous sommes d’accord pour aider les personnes à être plus autonomes dans leur capacité à s’orienter. Mais, s’agit-il réellement d’un apprentissage mesurable ? Nous préférons parler de la notion « d’orientation éclairée » du DE dans ses questionnements.
Doit-on se référer exclusivement aux 8 compétences à s’orienter ?
La réponse serait plutôt non si l’on se réfère à l’article de Jean PRALONG : « la compétence à s’orienter : pourquoi certains rebondissent plus vite que d’autres ? »
Extrait : « Les DE partagent ces 8 habiletés sans grandes différences. Les différences proviennent plutôt de la capacité à les mettre en œuvre selon 4 schémas cognitifs. »

Dans le chapitre 5 sur le contenu de la prestation, nous ne retenons que le paragraphe introductif du cahier des charges : page 7 :
« Le déroulement de la prestation n’est pas défini de façon standardisée ni prescriptive. Dans un souci de personnalisation de la prestation proposée, le choix des modalités d’accompagnements et de leur combinaison est arrêté par le psychologue du travail conjointement avec le bénéficiaire … »
En revanche, il nous parait incohérent et inacceptable de faire suivre les notions de « non prescriptif » et « de libre choix » par une obligation de prendre en compte dans le déroulement de la prestation les 4 compétences à s’orienter et les styles d’apprentissage selon l’approche typologique de Jung.

De même, pour la réussite de cette prestation et afin de l’adapter au mieux au rythme du bénéficiaire, il appartient au psychologue de déterminer le nombre d’entretiens nécessaires ainsi que la durée globale.

Nous adhérons à la phrase introductive du paragraphe 5.3 « personnalisation de l’accompagnement « 
« Les modalités de mise en œuvre de la prestation doivent permettre au bénéficiaire d’être accompagné dans un travail réflexif en mobilisant une combinaison de méthodes… »
La typologie de JUNG et les styles d’apprentissage sont intéressants, mais ne doivent pas être exclusifs.
Nous nous interrogeons sur ces choix. Pourquoi ont-ils été retenus parmi d’autres courants de pensée tout aussi pertinents : GESTALT, DE LAGARANDERIE, CLINIQUE DU TRAVAIL, PSYCHODYNAMIQUE, PSYCHOLOGIE DIFFERENTIELLE,… ?
Peut-on restreindre nos méthodes à l’approche de JUNG ?

Il est évoqué un « lien probable » de la typologie de personnalité de JUNG avec les styles d’apprentissage. Ce lien n’est ni explicité ni développé dans le cadre de la formation. Peut-on se contenter de cette approximation ?
Notre responsabilité professionnelle nous empêche d’appliquer cette méthode sans que nous soit apportée la preuve du fondement scientifique du lien « typologie jungienne » et « styles d’apprentissage ».
Comment identifier la typologie avec la personne ? Aucune méthode n’est proposée alors qu’il nous est demandé déjà d’en tenir compte dans le déroulement de l’accompagnement et dans les prescriptions de prestations adaptées.
Et quand bien même nous choisirions d’utiliser cette approche jungienne en dehors du lien avec les styles d’apprentissage, cela serait de toutes les façons impossible et irresponsable sans une formation théorique et clinique approfondie.

Si nous avançons dans l’exploration de la méthode, que dire du tableau « livret stagiaire ACTIV’PROJET en interne : méthode et outils mobilisables en lien avec les styles d’apprentissage » ? Quelques exemples dans ce florilège d’incohérences et de raccourcis caricaturaux :
• seuls 2 styles d’apprentissage sur 8 peuvent bénéficier de l’IPPE. Et les autres ?
Seuls les styles ISF ou IST peuvent passer le questionnaire ; pourquoi les extravertis n’ont-ils pas accès à ce questionnaire ???

• Le test de personnalité NEOPI-r n’est réservé qu’à 2 styles d’apprentissage IST, EST : Et les autres ?

Cette méthodologie manque de sérieux et nous ferait croire que l’acte de prescription devient automatique et prédéterminé par le style d’apprentissage réduit à la typologie JUNGIENNE.
Le psychologue du travail ne peut pas s’inscrire dans une telle démarche.
Le texte, présenté dans le cahier des charges, sous le nom de Carlos RIBEIRO et, plus encore, le manifeste dont il est issu « Pour une philosophie et une éthique de l’accompagnement » du collectif KELVOA, correspond davantage à nos valeurs et nos pratiques professionnelles.

En espérant que ces remarques et ouvertures de pistes de réflexion puissent être entendues et reprises par nos lecteurs/lectrices.

Ecrit collectif de la 4ème session de formation ACTIV PROJET du Grand Est

Diffusé dans le Forum (post formation), à la DOF, à POLE PSYCHO.

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