Pôle
Psycho
Collectif national des Psychologues du travail de Pôle-Emploi

Accueil > Expressions syndicales, politiques... sur le travail, l’emploi, (...) > Quelques archives > Rencontres nationales > Rencontre du collectif EOS avec Yves Clot le 20 janvier

Rencontre du collectif EOS avec Yves Clot le 20 janvier

lundi 9 mars 2015

Coordination nationale des EOS – 19 et 20 janvier 2015 – Paris

Journée du 20/01/2015
 10h30 – 11h30 Venue d’Yves Clot pour rencontrer le collectif.

Préalablement à l’intervention d’Yves Clot, un rappel du contexte lui est fait

1. Présentation de la coordination nationale des EOS – il s’agit de nos 5ièmes rencontres nationales (06/2013, 11/2013, 04/2014, 11/2014)
2. Rappel des revendications portées dans le cadre de notre journée de mobilisation nationale du 17/06/2014
3. Résumé des thèmes d’échanges de la journée du 19/01/2015 correspondant à notre actualité, à savoir :
• difficultés de posture face à la demande de l’établissement de nous faire intervenir en appui aux conseillers – cf. notamment en appui OTLV, cf. témoignage d’une collègue formatrice occasionnelle qui s’interroge sur le fait de poursuivre ou pas en tant que formatrice
• disparités régionales – notamment par rapport à l’accord/au refus à la demande de participation au colloque de l’Inetop/Cnam de février 2015 à Paris puis en matière de prise en charge financière des frais engagés (inscription, déplacement, hébergement…)
• CEP – décalage entre le dispositif législatif et la note de cadrage de pôle Emploi – cf. travail d’analyse réalisé par un groupe d’IDF dans le cadre d’un CFESS
• démantèlement/éclatement des EOS cf. notamment nos collègues de Picardie à qui la DR demande de présenter un argumentaire défendant le maintien du collectif pour le 26/01/2015.

PROPOSITION D’YVES CLOT

Je suis content d’être venu.
La question du rapport entre l’AFPA et Pôle Emploi n’est pas seulement la votre.
Notre équipe de recherche du laboratoire (clinique de l’activité – CNAM) travaille sur l’AFPA, sur ce qui est appelé « les RPS » - des problèmes de santé en l’occurrence très sérieux – avec la direction de l’AFPA, laquelle dit : c’est une erreur, voire une faute majeure d’avoir transféré les psychologues et les ATO.
Ca vaut le coup d’aller plus loin.
On peut voir s’il y a moyen de faire quelque chose.

Vous avez de nombreuses revendications sur le statut, les conditions de travail – je peux les soutenir de la place où je suis et je peux dire que ces revendications sont justes -,
Mais j’avais envie d’aborder avec vous le fond : votre position dans l’institution – à quoi vous servez -,
En vous disant que pour les psychologues du travail, il n’y a pas qu’un problème à Pôle Emploi, il y a un problème en général : la définition du métier.
A partir du problème du travail – il y a un problème partout -, la psychologie du travail comme discipline académique, universitaire, est partagée ; il y a des conceptions psychotechniques, … et nous ce que nous travaillons : la clinique du travail, avec la question du travail collectif…. Ca fait un monde contrasté.
Je trouve que ce qui mériterait d’être discuté c’est votre position dans l’institution. Ca a été évoqué au passage.
J’ai l’habitude de travailler avec des directions ; si jamais on coopère, il va falloir que vous supportiez cela.
Je peux servir à ça.
Le problème ce n’est pas d’être en désaccord (avec sa direction).
C’est comment on instruit les désaccords.
Pôle Emploi fait partie des directions institutionnelles que je ne connais pas.
Je les imagine très embarrassés par la patate chaude ; ils ont un problème d’organisation du travail avec vous, ardu, ils ne sont pas finalement mal intentionnés avec vous ; ils ont un vrai problème de stratégie avec vous.

Hypothèse, que je voudrais vérifier avec vous : vous avez une direction pas complètement au clair avec ce qu’elle peut faire avec vous ; j’en suis à peu près persuadé. Ils sont embarrassés, la stratégie doit varier – en fonction des personnes, des moments… .
Ca, ça donne de la possibilité d’agir ; quand on a des entreprises ayant des stratégies extrêmement définies, c’est plus compliqué de développer l’action, plus difficile ; c’est moins difficile quand ça flotte.
Quand il y a du conflit, il faut fabriquer de la défense ; donc une direction peut être agressive parce qu’elle ne sait pas complètement où elle va.
Si cette hypothèse n’est pas complètement idiote,
Vous êtes une « sacrée épine dans le pied » ; en même temps, vous êtes tout petit ! « C’est une petite épine » on va dire !

Important : être fort sur le métier – pas seulement sur la défense, mais sur le développement du métier dans l’institution.
J’ai l’habitude de dire : la seule manière de défendre le métier, c’est de s’y attaquer.
Les batailles que vous menez sur le statut, la confidentialité – celle sur la confidentialité est très importante -….
Dans cette institution, quels sont les moyens d’ « inventer un métier », qui vous mette dans une proposition d’action puissante.
Comment vous pouvez vous attaquer à votre métier – pas seulement le métier tel que vous l’avez exercé à l’AFPA - ; je suis prêt à vous accompagner là-dessus.
Votre positionnement par rapport aux conseillers ; avis sur lequel je suis prêt à revenir.
La possibilité qui pourrait s’ouvrir de déplacer votre fonction sur l’appui au conseiller – de temps en temps - ; cette idée ne me paraît pas idiote, appui au conseiller qui est en grande difficulté, qui est au front ; vous pouvez être une ressource pour développer leur métier – et fabriquer du collectif chez eux - ;
Moi qui suis complètement de l’extérieur, et au vu de ma pratique et de mon expérience, cette idée de déplacer la fonction sur le conseiller, ça ne me paraît pas une mauvaise idée.
Cela supposerait un temps d’analyse du travail, supposerait une institutionnalisation de nos rapports pour que je comprenne votre travail.
Cela s’avèrera possible, pas possible…
Il s’agit d’un déplacement professionnel considérable ; quelles ont les objections à cela ?
J’imagine que cela fait débat entre vous ; j’aimerais bien rediscuter de ça avec vous.
Qu’est ce que vous avez fait, et qu’est ce que vous pouvez faire ; cela correspond à la démarche développementale, marque de fabrique de mon laboratoire.

Rappel : AFPA : problème de santé mentale phénoménal ; on a travaillé avec eux, on a restauré des collectifs.
Les conflits de critères sur la qualité du travail – notre équipe est très centrée là-dessus –
Vous avez quitté une institution malade, qui est en survie
La définition de psychologue du travail à l’AFPA est extrêmement compliquée ;
en mal de définition de leur position dans l’institution,
Se former une professionnalité nouvelle, qui soit un enrichissement de l’ancienne, pas en contradiction avec l’ancienne, et plutôt sous l’angle de la clinique de l’activité pour développer les collectifs, pour qu’à l’intérieur de l’AFPA, ils soient les psychologues du travail – plutôt sous l’angle de la clinique du travail -, qui au fond accompagnent les formateurs.

Les gens sont en bonne santé quand ils peuvent faire un travail dans lequel ils se reconnaissent, qui soit défendable à leurs yeux.
Si on allait vers là – dépend de votre décision - , c’est un combat à mener avec quelque chance de gagner.
Si on a cette stratégie-là, on peut construire un projet , - au moins le discuter -, on peut faire des expériences.
Mais si vous voulez le faire sérieusement, il y a une dimension du métier de psychologue qu’il faut acquérir ; il s’agirait de développer votre professionnalité – et je suis persuadé que vous avez des bases pour ce faire -.
A partir de ça, on peut faire un travail sur le métier qui soit « une machine de guerre » par rapport à votre direction pourquoi pas -, qui soit offensif.
Avec votre direction : discutons de vos critères de qualité, des nôtres ; il y a un conflit, c’est normal (toutes les institutions qui dénient ces conflits sont des institutions mortes) ; le reconnaître et le discuter – Institutionnaliser ce conflit-là.
Nous, on peut aider à instituer cela, ce conflit-là.
Moi, je peux porter cela ; cela correspond à ma ligne d’action et de recherche. Il y a un conflit de critère sur la qualité de travail entre votre direction et vous ; on institue ce conflit-là.
C’est comme ça que je suis le plus utile.

Si vous choisissez une autre stratégie – le monde est assez compliqué pour que je ne donne pas de leçon – et si vous voulez que je dise : « respect de la confidentialité…, je ferai ce que vous voulez , mais je suis obligé de vous dire que ce n’est pas ce qui m’intéresse le plus ; vous pouvez mettre mon nom au bas de vos courriers ; ça n’aura aucun effet.
Je pense que la meilleure stratégie gagnante – en lien avec le problème gigantesque des conseillers -, est que la chaire de psychologie du travail peut être une carte à jouer, un instrument pour cela (institution).
A condition qu’il y ait « de l’externe », une puissance externe (la chaire de psychologie du CNAM peut être l’externe), et ça se négocie, y compris avec la direction.
Sur cette stratégie, vous pouvez repérer l’énorme différence entre un psychologue et un non-psychologue. Il y a un travail considérable à faire auprès des conseillers et il y a peut-être une carte à jouer.

Objections et arguments favorables
Objections
Question du financement / du cadre d’intervention
Cette proposition se focalise uniquement sur un point – et ne prend pas en compte notamment nos collègues inquiets de Picardie et d’Epinay et notre besoin d’aide sur cette question d’actualité qui est la défense des collectifs de travail
Posture vis-à-vis des conseillers difficile - avec lesquels tantôt on co-traite de situations de DE – aux côtés du conseiller -, et dans le cadre de cette proposition avec lesquels on est dans une relation d’appui / de face à face
Yves Clot dit bien qu’il ne connait pas l’institution ; nous, d’après notre connaissance de l’institution, nous pouvons penser que Pôle Emploi développe bien une stratégie sur le devenir des métiers d’accompagnement des DE, stratégie qui nous apparaît plutôt dans une perspective de « simplification », dégradation », « casse », indifférenciation/déni des spécificités.
Peur de se faire déposséder de notre « expertise » de psychologue du travail en « transférant » nos compétences aux conseillers
Ambivalence des conseillers à notre égard / attention à ne pas apparaître comme « les sachants »
Difficulté de réfléchir son métier à Pôle emploi où précisément Pôle Emploi ne cesse de changer ses orientations, les modifie en permanence.
Si action recherche, c’est Yves Clot qui fixe l’axe et le sujet – il se focalisera sur ce qui l’intéresse – quid de nos préoccupations /demandes/besoins.
Cette piste de déplacement professionnel ne signifie pas que l’on changerait complètement de casquette. Qu’est ce qui fait qu’on a pu accompagner nos collègues formateurs à l’AFPA, et que c’est si compliqué à Pôle Emploi ?

Arguments favorables
Cette proposition permet de faire « un pas de côté » ; ouvre/élargit notre champ d’intervention en tant que psychologues du travail, champ qui se cantonne à ce jour à celui de l’orientation.
Demande de « faire monter en compétences les conseillers » pas si formelle que ça – clarification /formalisation/et institutionnalisation rendue possible.
Perspective de nous former / bénéficier de formations spécifiques.
Idée d’ « action-recherche » intéressante.
Renvoie à la question : aujourd’hui qu’est ce que l’orientation à Pôle Emploi ?
Moyen de re-réfléchir notre métier – avec un laboratoire de recherche -
Cette proposition ne signifie pas oublier le travail de terrain avec les personnes que l’on reçoit, les demandeurs d’emploi ; intérêt aussi en tant que psychologue de travailler avec des collègues conseillers (cf. dispositif échange de pratiques en particulier).
Cette proposition peut constituer une nouvelle forme d’avancée au sein de l’institution, là où nous avons essayé, où nous peinons depuis 4 ans et demi.

Questionnements :

• La difficulté à faire reconnaître le métier de psychologue du travail à Pôle Emploi et ailleurs – cf. notamment Education Nationale où la question se posait de la « plus-value » du psychologue (par rapport à l’AS, à l’instit, …).
Pourquoi l’institution nous interpelle sans arrêt sur la question de notre « plus- value » ?
• Besoin de lire Yves Clot, comment il travaille, pour alimenter ma réflexion
• Le DOF nous nuit ; quel gâchis, en particulier quand on se réfère à l’ingénierie – en orientation- qui existait à l’AFPA
• Par cette proposition, Yves Clot semble nous repousser dans nos retranchements, vers notre fonction créatrice ; comment ouvrir et transformer nos difficultés vers un acte créatif.

Vos commentaires

  • Le 9 mars 2015 à 10:06, par Administrateur En réponse à : Rencontre du collectif EOS avec Yves Clot le 20 janvier

    Bonjour à toutes et tous,
    Tout d’abord un grand merci à Nabila dans l’exercice de cette restitution.
    Je voulais partager avec vous ce « manifeste pour la reconnaissance du travail comme processus désirant :
    Le travail étant avec l’amour un des pôles de la perpétuation de l’espèce, appuyé sur une pulsion spécifique, il paraît important d’affirmer et d’accepter les conséquences de sa nature de processus lié à un Désir inconscient.
    Qui est concerné par le travail devrait reconnaitre que souffrir à cause du travail est inacceptable, en particulier quand il s’agit de défaut d’expression et d’impression de la pulsion de travail.
    Qui est concerné par le travail, employeur ou employé, devrait s’engager au respect et à la protection de l’identité professionnelle, de l’image de soi au travail et au développement de celle-ci, à favoriser la mise en place de structures et de pratiques visant le même objectif (accompagnement fondamental et cellule de médiation).
    Qui est concerné par le travail devrait reconnaitre que toute mise en situation de travail nécessite un usage fréquent et régulier de la parole de l’engagement au travail par réunion, entretien, formation, etc.
    Qui se sent concerné par le travail devrait s’engager à agir face à toute manipulation ou attaque du Désir de travail comme la confiscation, la substitution ou la privation.
    Qui est concerné par le travail devrait s’engager à réfléchir sur les attentes symboliques des sujets du travail et la place du travail dans le Désir humain, à interroger les éventuelles carences symboliques liées aux situations de travail (parole, autorité, mise en situation de projet). » R.Guinchard. Psychanalyse du lien au travail. Santé psy et travail. 2011.
    C’est peut être de manière plus marquée avec le point 5 que je voulais reprendre ce que j’ai entendu de l’intervention d’Yves Clot, qui nous a fortement interpellé à deux niveaux :
    1.Travailler sur « Etre Psychologue » dans la relation aux personnes que nous recevons, afin d’affiner la différence et donc la spécificité du métier si nous partons du principe d’un lissage possible du métier de psychologue avec celui de conseiller (cela pourrait ressembler à des notions de bases de notre métier telles que, accueillir une parole dans une relation empathique et travailler avec l’expression des aspects transférentiels dans un cadre d’intervention prenant appui sur des connaissances en psychologie clinique et en psychologie du travail. Notre travail et donc notre spécificité, est bien de nous interroger sur l’économie psychique des personnes que nous rencontrons dans un contexte lié à l’objet travail).
    2. Travailler sur « Etre Psychologue » dans la relation aux activités et aux acteurs de l’institution, en nous demandant de nous décentrer de ce premier niveau tout en y prenant appui. Ce que j’en ai compris, c’est qu’il nous est proposé d’ouvrir à partir de cet existant de nouveaux espaces en nous décentrant un tant soit peu d’une clinique individuelle (tout en y prenant appui) pour aller vers une clinique du travail. Nous avons déjà certaines compétences et certainement d’autres à acquérir. La question de ce à quoi cela peut correspondre avec la définition de ces nouveaux contours (même si il existe déjà des choses concrètes) reste sans doute ce sur quoi nous devons travailler avec Yves Clot (pour modéliser des actions en direction des conseillers, des instances d’ingénieries et peut être des partenaires extérieurs …).Je le rejoins, bien modestement, quand il parle de se saisir d’espaces de flottements pour en inventer d’autres, avec là aussi une autre question, celle de faire reconnaitre ce qui participera pour nous « au respect et à la protection de l’identité professionnelle(…) ».
    J’en resterai là…l’appel du wend
    Merci à tous.
    Bon wend.
    Laurence

Répondre à cet article

| | Plan du site | mention légale | Suivre la vie du site RSS 2.0 SPIP