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Collectif national des Psychologues du travail de Pôle-Emploi

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Reflexions sur notre devenir

jeudi 7 mars 2013

Bonjour,

Suite aux échanges de la semaine dernière, mon point de vue et d’abord plusieurs constats :
Vu que nous avons dépassé les 5 millions de DE au niveau national et que Midi Pyrénées n’échappe pas à la règle de l’augmentation des DE, je pense qu’il y aura assez de DE pour tout le monde… Mais là n’est pas la question n’est ce pas ? Mais plutôt en termes de reconnaissance de ce que nous faisons.
Alors, avons-nous le monopole de la prestation d’orientation ? Non.
Avons-nous le monopole de la prescription en formation ? Non.
Jusqu’à il y a 3 ans l’orientation n’existait pas à Pôle Emploi, tout était sous traité.
Nous, nous étions dans un OF (l’AFPA) et l’ANPE nous envoyait au travers d’une prestation S2, des DE pour construire leurs parcours de formation principalement à l’AFPA mais également ailleurs.
« Orienter pour se former » est ce un travail d’orientation ?
Pour ma part et pour avoir animé des SOA et autres BCA, je dirais : non.
Pour moi le S2 (ou CPF), c’est la concrétisation par un parcours de formation d’un travail d’orientation fait en amont.
A l’AFPA, notre travail consistait principalement à concrétiser un parcours de formation à l’AFPA pour remplir l’OF et si la formation ne se faisait pas à l’AFPA, ou si le/la DE n’avait pas les pré-requis afapaiens de positionner le/la DE ailleurs.
Pour cela, nous étions dotés d’outils (tests) qui avaient été conçus en lien avec les méthodes pédagogiques de l’AFPA.
Ainsi pendant des années nous avons été considéré-es au travers du S2 comme des expert-es de l’orientation sans vraiment faire de l’orientation, on peut quand même se le dire entre nous non ?
Nous faisions du « tri sélectif » qui au bout du compte « orientait » les gens vers un stage pour se former, mais ne faisions pas de l’orientation professionnelle au sens propre d’aider une personne à faire un choix professionnel.
Aujourd’hui on veut toujours être considéré-es comme des expert-es de l’orientation qui ne font pas de l’orientation (car faire de l’orientation professionnelle, ne se limite pas à mon sens à orienter vers un stage !)

Ce qui nous caractérise maintenant comme avant, c’est notre connaissance des métiers et de leurs particularités et ce du fait de notre proximité avec un OF pendant de nombreuses années et de nos connaissances universitaires de psychologues qui nous permettent de faire des analyses de la demande pertinentes et ainsi de valider ou non des choix professionnels.
Aujourd’hui, suite à la loi de 2004, la « crémerie » qui nous a accueilli-es (PE) qui jusque là sous traitait ses (vraies ?) prestations d’orientation n’était pas prête à nous accueillir car rien n’a été pensé au niveau technique, cette décision ayant été prise pour être en conformité avec la loi de décentralisation et la loi européenne.
Donc nous avons été transféré-es pour continuer à faire du S2, faute de mieux, mais déconnecté-es de l’OF qui donnait tout son sens à notre précédent travail.
Du coup, en quoi consiste notre travail aujourd’hui ?
A recevoir des DE envoyées par les conseillers, DE qui ont demandé une formation et / ou à qui le ou la conseiller-e propose une formation.
Nous validons au travers de notre entretien « d’expert » cette volonté de formation et recherchons le stage, positionnons, assurons des aspects financiers (ceux de la personne, ceux liés au coût du stage), faisons moultes saisies informatiques.
In fine, l’OF va faire sa sélection et que le DE soit envoyé par nous ou par quelqu’un d’autre, il sera traité de la même façon puisque ce sont les aspects « administratifs » (pas de qualif, Th, Jeune, date de positionnement etc…) qui prévalent.
En clair notre « expertise », au regard du champ de la formation ne donne aucune plus value aux personnes que nous positionnons qui ne sont nullement prioritaires simplement parce que nous en sommes les prescripteurs, y compris à l’AFPA d’ailleurs.
Donc au travers du CPF, in fine pouvez vous me dire ce que l’on apporte de plus, si ce n’est une écoute réelle à la personne que l’on reçoit et que parfois cette écoute peut lui faire du bien et empêcher des erreurs de choix de stage mais qui ne garanti rien pour la suite ?
Le seul intérêt que je vois au CPF aujourd’hui, c’est qu’il y a du temps alloué pour construire le parcours de formation.
Chose qui n’existait pas avant à l’ANPE.
Le problème c’est, qu’en étant à PE, notre "public" devrait être tous les De qui demandent une formation (et non plus comme avant ceux pré orientés vers l’AFPA.) Mais sommes nous en capacité de recevoir tous les DE qui demandent une formation ? Non.

Malheureusement nous sommes dans un pays où l’Orientation des adultes, n’est pas valorisée, organisée, structurée, mise en réflexion, c’est une étape invisible, peu prise en compte ou cantonnée à l’orientation scolaire et on ne sait pas qui de PE ou des Conseils Régionaux en a vraiment la compétence.
Considérer l’orientation professionnelle des adultes comme un enjeu socio-économique demanderait des moyens humains que les pouvoirs publics ne mettent pas en œuvre, d’où sous traitance.
Je pense hélas que le prochain acte de décentralisation ne règlera pas encore le problème.
Pour terminer je dirais qu’en fait :
Nous sommes des experts de l’orientation professionnelle des adultes qui ne faisons pas vraiment de l’orientation professionnelle, orientation professionnelle des adultes qui elle-même dans notre pays est assez ignorée par les pouvoirs publics.

Aussi, de mon point de vue, 2 stratégies possibles :

-  faire reconnaitre notre spécificité « accompagner pour se former » dont « l’expertise » repose encore aujourd’hui sur une pratique ancienne dans un OF, chose que nous n’avons plus et qui donc va s’émousser. Cela suppose donc si on veut garder ces acquis qu’on développe et entretienne un lien étroit avec tous les OF pour connaître leurs pratiques, leurs systèmes pédagogiques et au-delà les caractéristiques des métiers, qu’on soit associés à la construction de l’offre AFC etc…
En définitive, qu’on soit reconnu-es comme ayant une bonne connaissance du champ de la formation, des ses exigences et de ses particularités.

-  monter en compétences sur « orienter pour orienter » car il ne faut pas s’empêcher d’aller en tant que professionnel-les sur d’autres dispositifs (regards croisés, CPP, rebond, etc)
A l’AFPA nous avions d’autres missions (suivi, études, etc…) qui ont participé aussi à notre professionnalisme.
A Pole Emploi, aller vers d’autres actions c’est aller sur ces dispositifs. Pourquoi pas ? il en va aussi de notre professionnalisme, du maintien de nos compétences et de notre expertise ?
Mais cela suppose aussi d’être outillés.

En conclusion, je pense qu’il faudrait amener l’institution à nous reconnaître sur ces 2 champs qui sont complémentaires. Selon moi, c’est ce titre de Psychologue du travail et le code de déontologie qui va avec, qui fait toute notre spécificité et notre force.
Nous sommes faits de ce titre qui fait de nous des professionnel-les aptes à faire autre chose que du CPF et notamment à faire de l’orientation, de notre passé à l’AFPA nous a apporté une culture qu’on doit continuer à faire vivre.
Donc, selon moi, si nous voulons que notre plus value soit reconnue sur ces champs cela passe par une reconnaissance institutionnelle qui se formalise par :
-  l’appellation sur la grille des métiers (c’est fait)
-  que dans l’outil informatique, les documents que nous éditons soient formatés pour nous
-  que nous soyons outillé-es (test) pour mesurer de façon « universelle » les chances de réussites en formation
-  que nous ayons du temps pour entretenir le lien avec les OF (visites, suivi formalisé des stagiaires …)
-  que nous participions à l’élaboration de l’achat de formations à PE (choix des OF)
-  que dans les propositions de formation de l’institution, nous ayons des formations pour entretenir nos compétences (outils et autres formations pour faire de l’orientation professionnelle)

et sans doute d’autres choses auxquelles je ne pense pas, liste non exhaustive… et point de vue sans doute à discuter…
A suivre…

Voilà. Merci aux vaillant-es qui ont lu jusqu’au bout ce message.
A bientôt.

Annie

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