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Collectif national des Psychologues du travail de Pôle-Emploi

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PROJET de courrier à la DG

vendredi 5 juin 2015

Notez vos remarques dans le forum avant large diffusion le 11 juin au plus tard

Monsieur le DG de Pôle Emploi,
Le conseil en évolution professionnelle (CEP), défini par l’Arrêté du 16 juillet 2014 fixant le cahier des charges relatif au conseil en évolution professionnelle prévu à l’article L. 6111-6 du code du travail, "a pour ambition de favoriser l’évolution et la sécurisation du parcours professionnel des actifs. Il constitue un processus d’appui à l’élaboration et à la concrétisation des projets personnels d’évolution professionnelle des actifs qui en expriment le besoin et, le cas échéant, des projets de formation associés visant à accroître leurs aptitudes, compétences et qualifications professionnelles, en lien notamment avec les besoins économiques existants et prévisibles dans les territoires".

Nous sommes, en tant que psychologues et professionnels de l’orientation, convaincus de l’utilité de ce processus d’appui, des exigences de mise en œuvre précisées par son cahier des charges et de sa vocation à véritablement accompagner et sécuriser l’évolution professionnelle des actifs. Ce nouveau droit constitue effectivement une opportunité pour tous les actifs et pour nous, psychologues du travail d’affirmer notre place et notre rôle en complémentarité de l’action de nos collègues conseillers. La responsabilité qui nous est conférée est d’importance pour Pôle emploi, pour ses personnels et bien évidemment en premier lieu pour tous les actifs que nous recevons.

Toutefois, notre volonté de nous y inscrire à hauteur des enjeux et de l’exigence qualitative définis par le cahier des charges ne peut en aucun cas se faire avec une menace qui pèse sur le devenir de notre métier de psychologue et en conséquence sur la diversité et la qualité de service délivré aux demandeurs d’emploi. Nous souhaitons donc par ce courrier vous alerter sur le fait que le CEP ne doit en aucun cas être l’occasion de favoriser un processus d’évolution dégradant paradoxalement les métiers des opérateurs, a fortiori de Pôle emploi, et en particulier celui de psychologue du travail.

Comme vous le savez, au sein de notre établissement, nous sommes environ 600 psychologues du travail. Or, les modalités de mise en œuvre du CEP que vous avez prévues nous surprennent et nous inquiètent fortement, car elles favorisent dans les faits la disparition de notre métier à terme en le diluant dans celui de conseiller.
En effet, le cadre d’intervention que vous envisagez – le "suivi délégué interne" – amènerait de fait les psychologues à réaliser l’ensemble des activités des conseillers en devenant, par ce biais, référent unique du DE pour toutes les actions liées à Pôle emploi, pour tous les actes métiers, se substituant ainsi au conseiller de suivi principal : gestion IOP, gestion dans AUDE de portefeuilles de suivi délégué, relation via l’espace personnel sur pole-emploi.fr, notamment via mail.net, activation de toutes les prestations, aides, mesures de Pôle emploi, activation de la relation entreprise, etc. En d’autres termes, pour un psychologue de Pôle emploi, devenir référent CEP se traduit par devenir référent unique du DE et donc par devenir conseiller.

Or, ces missions et/ou activités ne correspondent pas au métier de psychologue du travail, ni à celui de psychologue du travail de Pôle emploi, mais bien à celui de conseiller qui est un métier à part entière.

La mise en place du suivi délégué interne pose aussi un autre problème : techniquement, cette délégation interne s’opère sur une durée déterminée (période de 4 mois renouvelable une fois pour le CEP). Or, cela est en contradiction avec ce droit qui ne spécifie en aucun cas une limite temporelle, mais qui vise plutôt l’accompagnement sécurisé des transitions ou évolutions professionnelles avec une vocation explicite de concrétisation.

A noter que cette évolution professionnelle ne peut être réalisée sans lien avec le Référentiel métiers de Pôle emploi, la CCN dont son "Accord d’intégration à la CCN des personnels transférés de l’afpa et au recrutement des psychologues du travail" du 18 juin 2010, notre code de déontologie (reconnu dans cet accord) et nos contrats de travail qui précisent notre métier, notre statut, nos missions, nos champs d’intervention et nos conditions d’exercice, etc. jusque-là toujours peu ou pas respectés dans les faits.

Nous sommes donc plus que jamais en situation avérée de Risques Psycho-sociaux. Et cette situation ne peut que s’accroitre au vu du décalage abyssal existant entre les propos que vous avez tenus à la délégation reçue lors de notre mouvement de grève du 17 juin 2014 , vos engagements formulés suite à ce mouvement et la réalité que nous observons, dont le non respect de la plupart de ces engagements et votre projet de mise en œuvre du CEP par les psychologues, qui représente pour le coup une véritable provocation.

Au-delà de la délégation interne de service, nous souhaitons certes vous assurer de notre professionnalisme et de l’engagement de notre responsabilité professionnelle concernant la mise en œuvre du CEP, mais dans une autre déclinaison que celle que vous proposez :

Effectivement, la complémentarité conseillers / psychologues est en construction. Elle se développe positivement jusqu’à aujourd’hui, pour garantir une qualité de service aux demandeurs d’emploi. Nous souhaitons vivement favoriser ce développement en contribuant à la mise en œuvre du CEP par les référents que seront les conseillers de notre établissement. Comment ? Nous sommes convaincus que notre contribution à la mise en œuvre qualitative du CEP doit reposer sur un appui spécialisé répondant aux sollicitations des "conseillers-référents CEP" et donc aux besoins des DE. Cet appui doit être de nature et de durées différenciées, adapté à chaque personne, à chaque situation et selon l’analyse de besoins réalisé par les conseiller et/ou le psychologue. Cela favoriserait non seulement cette complémentarité, mais également l’équité de traitement des demandeurs d’emploi, pour le plus grand nombre et répondrait davantage aux besoins de nos collègues conseillers dans la conduite des transitions professionnelles des DE dont ils ont la responsabilité et a fortiori dans le cadre du CEP.

Cette offre d’intervention et/ou de service existe déjà en partie à Pôle emploi. Son développement est possible à court, moyen et long terme. A titre d’exemple, nous pouvons citer ce qui existe déjà et ce qui peut d’ores et déjà se construire : "regard croisé", "rendez-vous rebond", POPS MDPH, ateliers et/ou prestations spécifiques, tels que : élaboration ou confirmation de projets, appui à la reconversion professionnelle choisie ou subie, caractérisation et transfert des compétences, affiner la connaissance de soi pour favoriser son retour à l’emploi, échanges de pratiques (pour les conseillers), etc.
A noter que selon le Département Orientation Formation, seuls 17% des DE envoyés sur le CPF (construire son projet professionnel) correspondaient aux attendus de la prestation. Il s’agit donc bien d’une confirmation que les conseillers ont bien saisi l’opportunité d’adresser des personnes à des psychologues pour qu’ils travaillent et traitent des problématiques spécifiques (hors projets de formation) relevant des compétences desdits psychologues. Ce que nous avons fait jusqu’à ce jour et que nous souhaitons continuer de faire avec à l’esprit une meilleure lisibilité des métiers et de leurs champs d’intervention, et surtout le développement de la qualité de service délivrée aux demandeurs d’emploi, en particulier avec l’enjeu que représente le CEP.

En raison de notre investissement professionnel en tant que psychologue, nous vous demandons d’accepter nos propositions qui respectent la spécificité de notre profession et favorisent avec l’action complémentaire de nos collègues conseillers une réelle valeur ajoutée pour tous les demandeurs d’emploi que nous rencontrons tous les jours.

En conséquence et jusqu’à ce que vous mettiez en œuvre ces ajustements fondamentaux, nous vous affirmons notre ferme opposition à mettre en œuvre le CEP dans le cadre que vous envisagez aujourd’hui. Notre cohésion et notre détermination conduiront nos actions à la mesure de votre réponse.

Défendre notre métier, c’est défendre tous les métiers de Pôle emploi pour un service efficient aux demandeurs d’emploi.

Le Collectif national des psychologues du travail de Pôle emploi.

Vos commentaires

  • Le 7 juin 2015 à 10:38, par Jocelyne GARCIA En réponse à : PROJET de courrier à la DG

    Bonjour,
    La lettre est longue mais bien construite : la loi, la notion d’actifs, l’adhésion des psycho.au CEP, l’opportunité pour tous les actifs,..rappel sur le métier de psycho. ....et le final qui clôture bien. Ouf !
    Rien sur l’activité MDPH mais pas nécessaire je suppose. Remarque : les personnes que nous recevons arrivent avec des convocations qui les menacent de radiation en cas d’absence !
    En aquitaine (au moins dans le sud), le conseiller ne définit pas la prestation, il saisit un RV dans des permanences ouvertes type "appui à l’orientation" et c’est le psycho qui reçoit qui qualifie, à la fin de l’entretien, la prestation en CPP, CPF.
    Dire aussi que je viens de faire 1 journée obligatoire sur AOSI (avec tout le personnel de l’A2S) : c’est à dire passer en revue tous les applicatifs au moyen de situations pb avec comme finalité : comment créer une offre d’emploi, comment saisir un PPAE, inscrire et monter une aide à la mobilité...à vrai dire les conseillers ont tellement de cases à remplir qu’ils en sont réduits à mon sens à des opérateurs de saisie. ça sert surtout à leurs stats. Alors danger !! La mise en place du CEP est déterminante pour notre profession.
    Merci pour ce courrier !
    Jos

  • Le 7 juin 2015 à 22:09, par Mohamed ALOUTA En réponse à : PROJET de courrier à la DG

    Je tiens à saluer le très important travail réalisé par les collègues en un temps très court, de manière à exprimer notre position le plus rapidement possible.
    Je fais juste une remaque portant sur un détail : le CPF c’est "Construire son Projet de Formation" et non "Construire son Projet Professionnel", comme écrit dans le projet de lettre au DG. A Toulouse nous nous amusons à dire, y compris à l’ELD, le "CPPF Croisé qui Rebondit", pour signifier que peu importe l’intitulé de la prestation qui sert surtout à faire des stats, ce qui compte c’est d’aider les personnes que nous recevons à faire emmerger leurs besoins et mettre en place l’accompagnement le plus approprié.
    Il me semble important de noter les termes exacts dans la lettre
    Mohamed ALOUTA

  • Le 9 juin 2015 à 11:24, par YESILYURT Emine En réponse à : PROJET de courrier à la DG

    Bonjour,
    Tout d’abord merci pour l’élaboration de ce courrier qui traduit bien nos échanges. Il met bien en exergue, d’une part, l’assujettissement des psychologues aux activités des conseillers par la déclinaison que fait PE de la mise en œuvre du nouveau dispositif qui est le CEP et d’autre part notre position de refus de cette déclinaison au regard de notre mission, fiche de poste et de notre code…
    Cependant, quelques éléments de remarques et/ou de suggestions :
    • Je suis d’accord avec Mohamed ALOUTA, il s’agit bien de la prestation de CPP,
    • Je suis plus que réservée, du maintien du paragraphe qui évoque la temporalité de la mise en œuvre du CEP par les psychologues fixée à 4 mois : pour ma part, c’est le seul élément positif de ce dispositif pour les psychologues, puisqu’il permet entre autres de délimiter notre intervention, en vue d’un appui spécialisé. Sans cela, ne rentre-t-on pas dans de l’accompagnement à durée indéterminée ? Comme le précise, entre autres Patrick COHEN, « le psychologue, lors de son intervention, fixe un cadre, précise l’objet de son intervention, les éléments de son contenu ainsi que le début et la fin de son intervention ».
    Aussi, à un moment donné, les psychologues seront saisis de cette question de temporalité par les conseillers voire les DE à minima pour avoir une fourchette de la durée de la réalisation du CEP. Dans le flou, le conseiller, voire le DE, ne risquent-ils pas par exemple d’opter vers une prestation d’élaboration et ou de construction de projet auprès d’opérateurs externes de PE pour un « Activ’projet » qui ne dure que deux mois ? De plus, pour avoir réalisé des bilans, des CPP (avec ou sans projet) cette durée fixée à 4 mois me semble tout à fait raisonnable, d’autant plus que l’on peut l’ajuster si besoin conformément à l’esprit de la loi.
    • Peut-on envisager de communiquer une copie à chaque DR ?
    • Bien cordialement,
    • Eminé Yesilyurt

  • Le 9 juin 2015 à 15:13, par Administrateur En réponse à : PROJET de courrier à la DG

    Pour ma part, je suis réservé sur le paragraphe évoquant en fin de texte sur les 17% des DE envoyés sur le CPF qui correspondraient aux attendus de la prestation. Évoquer ces statistiques équivaut à les approuver alors qu’elles s’appuient sur les codes de clôture des prestations CPF que nous avions contestés pour leur ineptie !
    Quant à la limite dans le temps de la prestation, je suis bien d’accord qu’il faille fixer un cadre mais c’est au psycho de le faire et non à l’institution. C’est bien le cas actuellement avec le CPP : Il y a un cadre (rappelé dans la lettre jointe à la convocation - 6 semaines - 42 heures...) mais nous adaptons la prestation et parfois il y a un seul entretien, parfois plusieurs.... En Midi-Py notre chef nous a affirmé que s’il y avait Activ’Projet en interne le cahier des charges devrait absolument être respecté comme c’est le cas pour les prestataires externes "avec objectif de comparer les résultats".
    Yves

  • Le 9 juin 2015 à 16:49, par mayaachatpole En réponse à : PROJET de courrier à la DG

    Totalement en accord avec ce projet de lettre, bien construit. Introduire aussi clairement les risques psychosociaux les mettent en pleine responsabilité.
    En ce qui concerne la gestion de la liste, rappelez vous ce que Mme DELAITE a affirmé aux grandes régionales, il y aura gestion de la liste, ici, en Picardie il a été dit qu"ils réfléchissaient à savoir quels profils CEP allaient atterrir dans le portefeuille (le mot n’a pas été dit) des psychologues ...cas les plus durs, etc.
    Pour l’instant Activ’projet est évoqué comme presta réalisée par des partenaires, parfois il y est question des psychologues... Il y a vraiment quelque chose de totalement absurde et ingérable professionnellement et moralement !
    Pascale G Picardie

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