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Collectif national des Psychologues du travail de Pôle-Emploi

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Autonomie professionnelle non respectée : Courrier du collectif IDF à la Direction Régionale

mercredi 22 mars 2017

Monsieur le Directeur,

Depuis le 1er janvier 2017, au prétexte de « conforter le rôle central de l’agence de proximité en intégrant les activités spécialisées au sein de certaines agences de proximité » et de « mieux accompagner les transitions professionnelles en intégrant l’orientation spécialisée dans l’activité socle des agences de proximité », les psychologues du travail de Pôle Emploi ont vu démantelées les équipes d’orientation auxquelles ils étaient intégrés, avec pour conséquence une affectation en agence locale et un changement de rattachement hiérarchique et fonctionnel.

Malgré la transversalité de leur mission à l’échelle de l’agence, voire du territoire (mise en œuvre du CEP....), ils ne sont plus sous la responsabilité directe du DAPE comme c’était jusqu’alors le cas en IDF, mais sous celle d’un REA dont le périmètre d’intervention est plus limité. Cette contradiction a fait l’objet d’une comparaison avec la situation des RRA, rattachés eux du fait de cette même transversalité à la direction locale, et intégrés pour leur part à l’ELD élargie.
Les instances représentatives du personnel consultées dans le cadre du dialogue social (information du CHSCT du 26 juillet 2016, CE...), n’ont d’ailleurs pas manqué de souligner cet aspect pour le moins paradoxal, et pointé les risques psycho sociaux liés à cette décision sans fondement professionnel, inexplicable autrement que par un parti pris idéologique.

Après quelques semaines seulement sur leurs nouveaux sites, les psychologues constatent déjà pour certains une dégradation de leurs conditions de travail en lien avec un degré d’autonomie insuffisant pour leur permettre de réaliser les missions qui leur ont été confiées au service des demandeurs d’emploi, des conseillers et des équipes de direction auxquels ils sont censés venir en appui :

planification autoritaire de leur activité auprès des bénéficiaires (durées d’entretiens, nombres de prestations ouvertes...), et qui ignore la nécessaire souplesse qu’impose le travail d’orientation avec un psychologue (sollicité par le conseiller pour sa compétence à traiter une situation plus complexe).

absence de prise en compte du « travail masqué », c’est à dire considéré comme « non productif » (nombre et durée des entretiens, intervision avec leurs pairs, échanges professionnels avec leurs collègues) et pour autant essentiel à la compréhension desdites situations ainsi qu’à l’élaboration d’une solution adaptée.

conciliation difficile d’une organisation imposée de l’extérieur avec la multiplicité des sollicitations institutionnelles, quelquefois sur plusieurs sites, toutes présentées comme plus importantes les unes que les autres, et parfois contradictoires.

négation du travail de réflexion et de conception indispensables à la formulation d’une proposition de réponse intelligente auxdites sollicitations, ainsi qu’à leur hiérarchisation en fonction de leur degré d’importance.

Conflit de rationalité et conflits de critères de qualité avec les équipes de direction pour qui la gestion complexe de l’agence s’accommode mal d’une activité plus marginale, moins standardisée et souvent mal différenciée de celle des conseillers.

La modification de leur rattachement, ainsi que le refus dans certains cas catégorique de leur hiérarchie de laisser les psychologues organiser de façon autonome leur activité, témoignent d’un manque de confiance et de considération offensants de la part de l’établissement et d’un embarras manifeste à pouvoir appréhender les contours et contenus complémentaires de leur métier.

Au sein des organisations locales, souvent démunies face à l’arrivée de ces professionnels dont le métier est mal compris, il est difficile d’instaurer un dialogue constructif.
La logique de pilotage par les chiffres qui pousse maintenant la DR à vouloir « identifier pour chaque prestation...(en direction des demandeurs d’emploi)... « un volume théorique pouvant être réalisé par un psychologue... », loin de faciliter « la co-construction de la feuille de route entre les managers et les psychologues et la définition d’objectifs cohérents... » risque au contraire de nuire à une démarche de compréhension mutuelle et à « l’alliance de travail » nécessaires à l’atteinte commune des objectifs affichés par l’institution.
Elle met les psychologues dans l’impossibilité d’articuler ensemble les missions qui leur ont été assignées au titre d’une meilleure utilisation de la ressource qu’ils constituent -soit disant- pour l’établissement (orientation dite spécialisée pour les situations les plus complexes, appui à la montée en compétences des conseillers sur le champ de l’orientation professionnelle, appui aux équipes de direction pour la mise en œuvre du CEP... ), disqualifie les compétences spécifiques dont ils sont porteurs et génère des conflits de valeurs destructeurs pour leur santé.

Les critères de technicité, voire d’ « expertise », qui ont pourtant servis de prétextes à la dispersion des psychologues en agence -et sur lesquels Pôle Emploi communique abondamment- fondent la reconnaissance par celui-ci de leur qualité de cadre.
Les obligations professionnelles élevées attachées à leurs fonctions et la responsabilité pénale auxquelles ils sont tenus du fait de leur adhésion au code de déontologie la garantit aussi.

En signant l’accord d’intégration du 18 juin 2010 à la CCN, l’institution s’était engagée à respecter et « à faire respecter au sein des sites d’exercice de l’emploi de psychologue du travail, les dispositions du code de déontologie des psychologues... Dans ce cadre, il (pôle emploi) veille aux conditions matérielles et d’organisation du travail adaptées » (Chapitre 2, article 3 de l’accord du 18 juin 2010 relatif à l’intégration dans la CCN de PE des agents transférés de l’afpa et au recrutement des psychologues du travail).

Par conséquent, nous vous demandons de bien vouloir faire respecter et cet accord et les prérogatives liées à leur statut de cadre -au sens de la définition qu’en donne l’Organisation Internationale du Travail*- en garantissant à tous les psychologues, un degré d’autonomie qui leur permette de fixer par eux-mêmes les rythmes, contours et modalités de leur travail dans le respect des orientations générales fixées par l’institution.

Dans l’espoir que nos demandes soient enfin entendues, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Directeur, nos salutations les meilleures.

Le Collectif Psycho IdF

* Est défini comme cadre « un travailleur qui a terminé un enseignement et une formation professionnelle de niveau supérieur ou qui possède une expérience reconnue équivalente, dans un domaine scientifique, technique ou administratif, et qui exerce, en qualité de salarié, des fonctions à caractère intellectuel prédominant, comportant l’application à un haut degré des facultés de jugement et d’initiative et impliquant un niveau relativement élevé de responsabilité » (recueil de principes et de bonnes pratiques concernant les conditions d’emploi et de travail des travailleurs intellectuels, adopté par l’Organisation Internationale du travail en 1978).

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