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L’orientation professionnelle des adultes, de l’AFPA à Pôle Emploi. SUD Emploi Solidaires

vendredi 7 octobre 2011

Contribution de 2 psychos de Midi-Pyrénées pour le congrès de la fédération SUD Emploi Solidaires en 2011
L’histoire du transfert des 915 personnels des SOP (services d’orientation professionnelle) de l’AFPA à Pôle Emploi.
Le constat fin 2010 par l’expertise CHSCT en Midi-Pyrénées de la perte de sens et de la dégradation des conditions de travail où dans la lutte des places entre cadres ASSEDIC et ANPE,nous n’étions pas attendus.
Et puis quelques positions et propositions pour sortir de cette poisse... .

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resolution orientation congrès SUD

Le 1er avril 2010, les ¾ des personnels des Centres Régionaux d’Orientation Professionnelle (C.R.O.P.) et des Services d’Orientation Professionnelle (S.O.P.) de l’AFPA ont été transférés à Pôle Emploi, dans un contexte où la fusion ANPE/ASSEDIC était elle-même en cours, encore…

 Petit historique de la psychologie du travail et de l’orientation à l’AFPA

Depuis sa création en 1947, l’anifrmo qui deviendra l’AFPA s’est doté de services de sélection des candidats à la formation professionnelle pour garantir la réussite des stagiaires au cours de leur formation puis dans l’exercice du métier qu’ils avaient appris.
Depuis 1967, consécutivement au sommet de Luxembourg, plusieurs projets de rattachement des CPR à l’ANPE sont évoqués, puis abandonnés.
Dans les années 80, les « Centres Psychotechniques Régionaux » (C.P.R.) se sont renforcés, élargissant leurs interventions en participant aux politiques publiques de lutte contre le chômage de longue durée : animation d’informations collectives et individuelles (ICI) de sessions d’orientation approfondie (SOA), de sessions de techniques de recherche d’emploi (TRE), de Clubs de Placement...en lien étroit avec les conseillers professionnels de l’ANPE.
En 1999, la signature d’une convention ANPE/AFPA organisant la complémentarité de service entre ces deux organismes institue le S2 (confirmation du besoin de formation). Le candidat intéressé par une formation de l’AFPA ne peut plus candidater directement auprès del’AFPA mais doit préalablement être reçu par un conseiller de l’ANPE qui l’oriente (ce sera le « S1 »), puis l’adresse à un(e) psychologue de l’AFPA qui confirme le projet de formation, élabore le parcours avec le candidat et transmet sa candidature au centre concerné quand il s’agit d’une formation AFPA (ce sera le fameux « S2 »).
Ainsi dépossédés de l’analyse initiale de la demande de formation, les SOP (service d’orientation professionnelle) de l’AFPA ferment les salles de documentation animées par les Assistantes Techniques de l’Orientation (A.T.O.) De même, le S2 ne concerne pas que l’offre AFPA. Potentiellement sollicités pour tous projets de formation, les psychologues de l’AFPA deviennent, dans les faits, des « conseillers formation » au service d’une offre régionale.
Le 13 août 2004, le Parlement vote le transfert du budget de l’AFPA (environ 700 millions d’euros par an) aux Conseils Régionaux à partir de janvier 2009. L’AFPA, jusqu’alors intégré au Service Public de l’Emploi, devient ainsi un organisme privé soumis à la concurrence.
Dans ce nouveau contexte, dès 2006, la Fédération de la Formation Professionnelle (rattachée au MEDEF), stigmatisant l’existence de services d’orientation propres à l’AFPA, évoque une concurrence faussée dans le champ de la formation professionnelle. En juin 2009, le Conseil de la Concurrence lui donne raison. Le 20 novembre 2009, le gouvernement peut donc voter la loi qui permet le transfert des ¾ du personnel de la ligne Orientation de l’AFPA à l’organisme fusionné ANPE/ASSEDIC, « pour y effectuer les mêmes missions » .
Le ministre Wauquiez lui attribue une mission, celle de créer « un service d’orientation clairement identifié.... »

Le 1er avril 2010, date officielle du transfert, rien n’était prêt ! Pourtant, depuis un an auparavant, que d’annonces de la part des D.G. de l’AFPA et de Pôle Emploi ! Que de rencontres avec les syndicats, que de tracts distribués au personnel, que de conférences de presse !!!
Résultat : pendant des mois après leur transfert, les agents devront attendre dans leurs locaux AFPA ! Sans perspective professionnelle clairement identifiée.
En effet, pour l’instant, les psychologues restent cantonnés à la mise en œuvre de la POPS, qui n’est autre que le S2 de l’AFPA…mais sans le suivi des stagiaires en formation, sans l’observation des conditions réelles des actions de formation mises en œuvre par les centres, sans contact désormais avec les formateurs et les métiers. Bien sûr, depuis des mois, il est question de leur permettre de diversifier leur activité…Par quoi exactement ? Le BCA ? Le conseil aux entreprises ? Une articulation plus formalisée avec la PFV ou le secteur CRP ?.. Ne s’intéressant qu’à la production, la direction de P. Emploi envisage de nouvelles prestations régionales d’orientation correspondant finalement à ce que font ses conseillers. P. Emploi découvre le métier de psychologue mais ne tient pas réellement compte de ses particularités. De plus, si l’engagement de la direction de P. Emploi a été tenu de fournir aux psycho des bureaux fermés, bien souvent, leurs cloisons sont en papier cigarette.
Les ATO, elles, sont particulièrement inquiètes sur leur devenir tant l’institution continue d’être muette sur leur avenir professionnel. A P. Emploi, le métier de psychologue apparaît bien comme un nouveau métier, ce n’est pas le cas pour les ATO, menacées d’être diluées dans des tâches multiples transverses aux différentes équipes qui structurent une agence (premier accueil, traitements statistiques divers, co-animations diverses, gestion des listes…) Des ATO désormais appelées (et classées) « Allocataires Technicienne Qualité » dans l’avenant que la direction de P. Emploi propose à leur contrat de travail !
Au quotidien, ATO et psycho rament pour réduire comme ils peuvent les pertes de temps dues aux dysfonctionnements réguliers des applicatifs à leur disposition.
Par ailleurs, le transfert des personnels de l’orientation à P. Emploi devait être accompagné de la création d’une « Direction de l’Orientation et de la Formation » (DOF) correspondant à une réelle volonté politique de porter cette mission. Or, dans les faits, cette pauvre vitrine n’est pas dimensionnée à la hauteur des ambitions annoncées lors du transfert. Ex : après des mois et des mois de POPS improvisée dans chaque recoin de chaque région du territoire national, rien de sérieux n’est mis en place en termes de maintenance et d’ingénierie d’outils de formation. Pauvre Orientation !
A par nommer des responsables de l’Orientation pour recaser les hiérarchiques et chargés d’étude de l’AFPA, qu’est devenu le projet de service public de l’Orientation ?
Alors, que va-t-il se passer maintenant ?
Quelles vont être les conséquences, les effets de ce triste décor pour les personnels transférés ?

Dix mois après le transfert des personnels des CROP et des SOP de l’AFPA, il est temps de faire un premier bilan.
L’expertise « Conditions d’intégration à Pôle Emploi des personnels issus de l’AFPA », votée en mars par le CHS-CT de Pôle.Emploi Midi Pyrénées, (après une rencontre avec les élus du CROP AFPA en début d’année 2010), s’est déroulée en novembre et décembre 2010. Ses résultats ont été présentés par les consultants du cabinet Ergotec le 17/12/10 aux membres du CHS-CT et de la commission du CE dédiée au suivi de l’intégration à Pôle Emploi des transférés de l’AFPA.

 Un accueil très peu chaleureux !

L’ expertise CHSCT met clairement en évidence :
- des « chocs successifs », avec la mise en place de la convention ANPE/AFPA en 1999,puis le désengagement de l’Etat et la mise en concurrence de l’AFPA (votée en août 2004 pour être effectif au 1er janvier 2010), puis l’annonce en mars 2008 par le DG de l’AFPA qu’il n’imagine pas la disparition de sa ligne « Orientation », puis le vote de l’article de loi décidant du transfert du personnel de l’orientation, véritable douche froide pour les salariés concernés. S’installe alors une perte de confiance durable dans les propos et les promesses de la hiérarchie.
- une « conduite de projet chaotique » avant et après le transfert, où les personnels concernés n’ont jamais été associés aux modalités de leur intégration. Semble-t-il, ce n’est pas dans les habitudes de la maison P.Emploi. Cette absence de projet s’exprime d’ailleurs dans la réponse de la direction régionale à la question sur l’évolution des effectifs des EOS en 2011/2012 posée au CE du _ / / … « obligation de les intégrer de par la loi. On ne sait pas ce que deviendra le métier d’ici un an ou deux »…
- une « insécurité économique » due aux annonces récentes de réduction d’effectif à P. Emploi, à l’absence de retour sur les suggestions d’évolution… Tous les postes ont été distribués et affichés avant l’arrivée des agents de l’AFPA, vite-vite au cas où un AF Païen aurait l’idée de postuler !
- une « mutilation professionnelle », avec notamment une perte de polyvalence qui risque de se traduire à terme par une déqualification des psychologues et des ATO s’ils restent comme aujourd’hui en mono-activité POPS. A noter que plusieurs des psychos transférés étaient sur d’autres activités depuis longtemps : appui à la mise en place de GPEC dans les entreprises, missions de développement à l’international, détachements syndicaux… Idem pour les ATO : détachements à la DRTEFP, secrétaires de direction… Mais la DRH de Pôle Emploi, en Midi Pyrénées comme ailleurs, n’a pas jugé utile de rencontrer ces agents… Tous à la POPS ! Sans distinction.
-  une « organisation du travail et des moyens inadaptés » : dès octobre 2008, le personnel du CROP de Midi Pyrénées revendiquait la création d’un établissement régional d’orientation pour éviter la dispersion, favoriser les échanges techniques, participer à la définition de ses missions… Or, en disséminant les ex-AFPA dans des plateformes « multiservices » sous l’autorité hiérarchique de directeurs qui ne connaissent rien à leurs métiers, la stratégie de la direction devient claire : couler tout ce beau monde dans le moule P. Emploi au plus vite, qu’il soit prêt à satisfaire les objectifs quantitatifs de la maison…
Tout cela produit déjà ses effets, et le médecin du travail en a fait constat : perte de sommeil, arrêts de travail, stress, dépression, bref un moral dans les chaussettes.

S’il y a eu expertise, c’est surtout pour

 s’en sortir et faire des propositions

.
Par exemple, le cabinet Ergotec propose la mise en place d’un groupe projet « Intégration » dans une démarche de co-construction et de consultation des personnels concernés.
A Pôle Emploi, ceci est un langage bien nouveau, : faire participer des troufions à l’élaboration de leurs missions n’est pas dans les usages.

Les collègues de l’AFPA sont psychologues du travail, Agent Techniques de l’Orientation, ingénieurs de formation (conception des outils et des méthodes d’orientation). Leurs métiers sont clairement identifiés. Et depuis longtemps. En arrivant à Pôle Emploi, ils veulent continuer à défendre leur identité professionnelle, leur déontologie. C’est LA condition entre toutes pour que les « missions » qui leur sont confiées soient accomplies dans le respect du public qu’ils reçoivent et dans celui de TOUS les agents de Pôle Emploi.
C’est aux équipes d’orientation de faire reconnaître comment elles travaillent et, avec l’appui du CHS-CT, d’exiger de pouvoir exercer leurs « missions » dans de bonnes conditions. Au nom de quoi le code de déontologie sur lequel elles se sont toujours appuyées devrait-t-il composer avec les impératifs de résultats qui caractérisent en premier la maison Pôle Emploi ?

Art.15 : « Le psychologue dispose sur le lieu de son exercice professionnel d’une installation convenable, de locaux adéquats pour permettre le respect du secret professionnel, et de moyens techniques suffisants en rapport avec la nature de ses actes professionnels et des personnes qui le consultent ».
Art.7 : « Le psychologue ne peut aliéner l’indépendance nécessaire à l’exercice de sa profession sous quelque forme que ce soit.
Dans toutes les circonstances où le psychologue estime ne pas pouvoir respecter ces principes, il est en droit de faire jouer la clause de conscience ».

[[Il est important de maintenir les collectifs de travail et la solidarité entre collègues

afin de mieux porter ces exigences.
Ceci n’a rien d’archaïque ! Ceci n’a rien à voir avec un corporatisme étroit, replié sur lui-même, à côté des réalités du moment.
Revendiquer la défense, et le développement des métiers de l’orientation tels qu’ils avaient pu se construire à l’AFPA, c’est revendiquer la défense de TOUS les métiers de Pôle Emploi !
Aujourd’hui ! Métiers de l’indemnisation, métiers de l’aide au placement, métiers de l’orientation, métiers des fonctions support, même combat, même lutte pour préserver une identité, une pratique professionnelles au service de l’usager privé d’emploi (et non du « client » qu’il est censé être devenu dans le langage immatériel du management contemporain) !
Ainsi, la confidentialité doit être défendue pour le demandeur d’emploi. Elle n’est pas une lubie, un caprice d’enfant gâté, réservé aux seuls psychologues venant de l’AFPA. Le demandeur d’emploi doit pouvoir s’adresser aux agents de l’indemnisation et du placement également en toute confiance, sans être entendu dans le bureau d’à côté, sans être l’objet d’une « gestion des flux » qui le déshumanise et ne lui reconnaît plus l’intimité à laquelle pourtant il a droit.
Dans les faits, la polyvalence imposée à marche forcée n’a pour effet que la déprofessionnalisation de tous. Elle ne sert jamais à améliorer la qualité du service rendu, elle la dégrade, peu à peu, à l’insu même des agents. Eux, qui n’étaient pas spécialement bons à rien, deviennent mauvais en tout.
Aussi, nous devons veiller à ce qu’aucune compétition ne vienne détruire les relations entre collègues. Quel que soit notre établissement d’origine, ANPE, ASSEDIC, AFPA, désormais, nous sommes tou(te)s embarqué(s) sur la même galère.
La lutte des uns est complémentaire de celle des autres.
La solidarité, l’élaboration commune des revendications, l’unité d’action sont les seuls ressorts qui nous permettront de préserver nos conditions de travail et la qualité du service rendu aux usagers.
Mais au-delà de la défense des métiers de Pôle Emploi, il nous faut revendiquer la mise en place d’un véritable Service Public de l’Emploi ! Il nous faut soutenir, par la mobilisation, celles et ceux qui se battent en interne de l’institution Pôle Emploi pour ce Service Public, un Service Public pour l’usager demandeur d’emploi (et non cet hypothétique client. consommateur de prestations), celles et ceux qui résistent et s’opposent à son démantèlement ou à son affaiblissement.
Aucune réelle égalité de traitement n’est possible sans un service public évolutif, de qualité et de proximité. Quel que soit le niveau territorial dont il relève, là où il se trouve, le Service Public de l’Emploi doit permettre à tou-te-s un plein accès au service rendu, dans le respect des principes qui le fondent : égalité, continuité, capacité d’évolution dans le service rendu, solidarité.

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