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Article SNU "Les psychologues défendent le collectif"

mardi 25 octobre 2016

Les psychos défendent le collectif

 Les psychos de Pôle emploi peinent à trouver leur place dans un établissement qui ne leur facilite pas la tâche. Mais le nouveau plan stratégique aggrave la situation en démantelant leurs équipes de travail. Le collectif Pôle-Psycho a interpellé le conseil d’administration.

En 2010, les psychologues de l’Afpa étaient transférés à Pôle emploi. Cela faisait suite à une enquête du Conseil de la concurrence sur une demande de la Fédération de la Formation professionnelle (FFP). Celle-ci considérait qu’un organisme de formation qui accueillait en son sein des personnels ayant une mission d’information vers des offres de formation faussait les règles de la concurrence libre et loyale. Le Conseil de la concurrence a rendu en 2008 un avis favorable à la FFP et c’est au nom du respect de cette activité concurrentielle que les psychologues ont été retirés de l’Afpa. A l’époque, les conseils régionaux souhaitaient les accueillir pour organiser des pôles régionaux d’orientation. C’est Laurent Wauquiez, secrétaire d’Etat à l’emploi, qui a préféré les affecter à Pôle emploi… La nouvelle institution devait déjà faire cohabiter ses deux catégories de personnels aux cultures très différentes… Quand c’est compliqué à deux, rajoutons-en un troisième !

Des missions mal clarifiées
Et malgré la valeur inestimable en termes de qualifications et de complémentarité que représentent ces personnels, la Direction n’a pas vraiment su quoi en faire. A l’Afpa, les psychologues assuraient l’orientation des demandeurs d’emploi adressés par l’ANPE, mais bien d’autres tâches et activités aussi, allant du bilan de compétences pour les salarié-es à l’ingénierie de prestations, de l’intervention en formation et en entreprises au suivi d’actions formatives, de la négociation d’actions à la rédaction de cahiers des charges, etc. Mais la Direction de Pôle emploi, parmi toutes ces activités, ne retiendra que l’orientation vers la formation… Les nouveaux recrutés, en nombre bien trop insuffisant, sont issus en grande majorité de conseillers ayant un titre de psychologue. A l’issue de ces recrutements, aucune formation n’est organisée et c’est seulement grâce au soutien de leurs collègues que la prise de fonction peut se réaliser.

Démantèlement des équipes
Alors difficilement, les psychologues commencent à trouver leur place, mais leurs missions ont bien du mal à être clarifiées. De plus, encore trop de directeurs d’agences et de Directions territoriales continuent de vouloir imposer un pilotage directif associé à une demande de justification continuelle du moindre acte métier. Enfin, le rôle que leur attribue la Direction à l’égard du conseil en évolution professionnelle (CEP) engendre plusieurs inquiétudes car les choix opérés laissent présager une dilution du métier de psychologue dans celui de conseiller, jusqu’à sa disparition…
Mais voilà que s’ajoute à tout cela le nouveau plan stratégique de la Direction, Pôle Emploi 2020 – Une organisation simplifiée pour un service personnalisé de proximité, qui démantèle les agences de services spécialisés (A2S) moins de cinq ans après leur mise en place. Or les A2S permettaient aux psychologues de travailler en équipes spécialisées d’orientation (EOS).

 Le démantèlement des A2S et la fragmentation des équipes posent un vrai problème pour les psychologues du travail.

 Ce travail en équipe est fondamental aux psychologues pour assurer leurs missions. Il assure le maintien d’une compétence collective et la construction de prestations nouvelles en réponse aux demandes des agences et des territoires. Le travail en commun permet également de répondre à une large palette de problématiques en synergie avec les autres équipes, et favorise un regard extérieur de la part d’un de ses pairs. L’organisation dans un même lieu est indispensable pour délivrer la totalité de l’offre de service auprès des différentes agences, et de façon homogène sur le territoire. Elle permet aussi l’organisation d’ateliers entre les bénéficiaires suivis par les différents psychologues. Et c’est un moyen efficace de faire face aux absences maladie impromptues sans reporter les rendez-vous. Enfin, un cadre géographique différencié par rapport aux agences favorise une alliance de travail avec les usagers. L’entretien étant réalisé dans un lieu différent de celui où le conseiller assure son suivi permet un travail de nature différente, un niveau d’investigation approfondi et permet au psychologue de pré- server une distance suffisante pour penser son travail et sa relation à l’autre. Et l’appui aux conseillers, axe de développement demandé par la DG, impose une autonomie, un éloignement physique des agences et du quotidien des collè- gues conseillers.

Le CA interpellé
C’est pourquoi le démantèlement des A2S et la fragmentation des équipes posent un vrai problème pour les psychologues du travail, et entraînent de sérieux risques pour la mise en œuvre de leurs missions. Dès 2010, les psychologues s’étaient organisés au sein de collectifs coordonnés nationalement. Cette organisation avait porté ses fruits en permettant de faire aboutir un certain nombre de revendications (accord d’adaptation, bureaux fermés…). En octobre 2015, ces collectifs se sont constitués en association nationale : Pôle Psycho. C’est par l’intermédiaire de cette nouvelle structure que les psychologues se sont adressés le 1er juillet au conseil d’administration de Pôle emploipour demander leur maintien en équipe EOS, dans un lieu distinct et facilement accessible au public.
Affaire à suivre…

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