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Article de Michel Abhervé sur notre grève

mardi 10 juin 2014

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Les “ex-psychos de l’AFPA” en grève le 17 juin faute de reconnaissance au sein de Pôle emploi

Le transfert des “psychos” de l’AFPA à Pôle emploi a été décidé sous l’égide de Laurent Wauquiez dans le contexte de la fusion entre l’ANPE et les ASSEDIC, complexifiant encore celle-ci.

Nous concluions un article mettant en évidence les difficulté de la fusion en décembre 2008 intitulé Quand c’est difficile à deux, ajoutons un troisième, en mentionnant que “le gouvernement vient de décider de charger la barque de la fusion, en faisant embarquer à bord du navire qui est sur le point de prendre l’eau 750 salariés supplémentaires” avant de conclure “La position du secrétaire d’Etat donne l’impression qu’il cherche à … complexifier encore une situation déjà fort complexe, en rendant encore plus complexe la difficile procédure de fusion.”

Comme on pouvait s’y attendre cette intégration, dans un contexte où les difficultés de la fusion étaient accentuées par l’augmentation du chômage, a eu comme première conséquence une forte baisse des prestations assurées aux demandeurs d’emploi qu’il a été possible de chiffrer, malheureusement tardivement à une division par deux comme nous l’écrivions en juin 2011 dans Le transfert des psychos de l’AFPA a réduit de moitié le nombre des prestations d’orientation. Puissent les forcenés fusionnistes qui sévissent partout, fort de la croyance que la fusion est, partout, toujours, la solution miracle pour les universités, pour les régions, pour tout… tirer les leçons de cette fusion et accepter une réalité, à savoir qu’une fusion peut avoir pour conséquence une importante baisse du service au public

Cette réduction du service s’accompagne d’une difficile intégration des salariés dans cet nouvel ensemble, dont l’épisode des portes, et donc de la confidentialité des entretiens est révélateur (voir Histoire de portes à Pôle emploi : le psychologue et la confidentialité)

Après le changement de majorité le rapport de Jean-Patrick Gille, rapporteur pour l’Assemblée Nationale du budget de l’emploi 2013 écrivait “le transfert opéré en avril 2010 à Pôle emploi de plus de 900 personnels de l’AFPA chargés de l’orientation des demandeurs d’emploi, et principalement de psychologues, peut être considéré comme un échec : ces personnels chargés de délivrer la prestation d’orientation professionnelle spécialisée (POPS), intégrée à l’offre de services du nouvel opérateur, n’ont souvent pas réussi à trouver leur place au sein des agences auxquelles ils ont été rattachés. C’est un sentiment de gâchis qui prédomine donc parmi ces personnels, arrivés à Pôle emploi sous la forme d’une troisième vague, alors même que le nouvel opérateur était en pleine recherche de ses nouveaux repères. Qui plus est, le transfert de ces personnels à Pôle emploi s’est effectué sans aucune compensation financière : or, le coût relatif aux charges de ces personnels est estimé à 54 millions d’euros en 2010 et 70 millions d’euros en 2011“

Depuis les choses se sont améliorées à la marge, mais l’intégration du potentiel de ces salariés au sein de Pôle emploi est loin d’être optimale. Il faut dire que les logiques professionnelles sont différentes et même, pour une part, opposés. En effet les “ex-psychos de l’AFPA” comme beaucoup continuent de les appeler fondent leur approche sur la personne, son potentiel, et ont pour logique de l’aider à construire et à s’approprier son projet professionnel, alors que l’institution Pôle emploi a pour logique dominante un traitement de masse, a recours fréquemment à l’injonction, et est soumise à une pression constante pour faire rentrer les personnes dans les cases des prestations qu’il faut bien remplis puisqu’elles ont été mises en place et satisfaire ainsi les exigences du “reporting”

En résumé, on peut acter que les “psychos” n’ont pas trouvé leur place au sein de Pôle emploi, ce qui est indéniable, mais que cela leur était impossible tout simplement parce qu’aucune place, prenant en compte ce qu’ils sont, ne leur a été faite dans l’institution, et que on peut affirmer que cette place n’a pratiquement pas été pensée, tant elle aurait du être contraire à la logique rationalisatrice qui fondait la fusion.

C’est aussi dans la question du statut que se mesure cette intégration plus qu’imparfaite. Ne se reconnaissant pas dans l’offre syndicale pourtant fort ouverte, un collectif s’est constitué en Midi Pyrénées autour des constats suivants

 un éparpillement de nos tâches, sans cohérence (bouche-trous)
 une absorption de notre temps par l’accueil de l’A2S
 une impossibilité de faire correctement les tâches propres à l’EOS (suivi des personnes en attente d’entrée en formation, gestion courante des dossiers en cours),
 une direction locale qui vise à séparer psychologues et ATO [assistant-es techniques d’orientation]

Ce collectif s’est élargi et une rencontre nationale organisée à la Bourse du travail ) Paris les 31 mars et 1 avril a abouti à la constitution du Collectif national des Equipes d’Orientation Spécialisée de Pôle-Emploi qui inscrit sur son site une plate forme de revendications

 Le maintien de la complémentarité ATO/psychologues dans toutes les EOS
 La reconnaissance de la fonction spécifique d’ATO au sein des EOS, avec une fiche de poste clairement identifiée dans le référentiel emploi,
 Le rattrapage des effectifs ATO à ceux qu’ils étaient au moment du transfert en avril 2010.
 Un plan de formation pour le maintien et le développement de nos compétences

Cette organisation tente de faire pression sur la négociation en cours de la classification qui, selon un calendrier pour le moins curieux, arrive plusieurs années après la signature de la convention collective nationale, alors que la logique fondatrice aurait du être l’adoption d’une classification structurante. Mais à l’époque on était encore au mythe du métier unique de conseiller, et de la négation des métiers et des compétences spécifiques.

Les champs de contentieux sont nombreux, et l’attribution du statut cadre en est le révélateur : pour la direction il est essentiellement lié aux responsabiltés managériales, alors que les psychos considérent que leur niveau de formation et leur expertise professionnelle doit fonder leur classement comme cadre. Un appel à une grève nationale le 17 juin prochain veut venir à l’appui des revendications du collectif.

Sur le fond, il semble que ce sont deux conceptions antagonistes qui se confrontent, celle du collectif qui veut inscrire dans le statut et donc dans la durée un statut de psychologue, fondé sur la reconnaissnce de la qualification, et celle de la direction qui aurait plutôt tendance à gérer un statut en extinction pour les “pièces rapportées” venues de l’AFPA avec leur culture professionnelle, leur code de déontologie, leur charte européenne.

Avec un peu de recul, on peut considérer que le défaut fondamental est d’avoir placé sans beaucoup de réflexion les”psychos de l’AFPA” à Pôle emploi, qui était à l’époque considéré par ses concepteurs comme l’institution à qui la fusion donnait un caractère d’efficience universelle confinant au miracle, au lieu de travailler à en faire les prémisses du service public d’orientation dont nul ne nie la nécessité et qui est loin, très loin, d’avoir les moyens dont il aurait besoin pour atteindre les objectifs qui lui sont assignés.

Gouverner, c’est faire preuve de capacité d’anticipation. Sur ce dossier elle ne s’est pas exprimée. Donc, forcément, la gestion des situations issues de choix inadéquats n’est pas simple.

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